Je n’ai rien trouvé sur le Web qui explique ce qu’on ressent lorsqu’on devient progressivement fou. Mes pensées sont claires, ma perception de la réalité l’est moins.
On ne sait apprécier les choses lorsqu’elles vont bien. C’est lorsqu’on perd cet équilibre subtil qu’on apprécie ce qu’on avait. C’est lorsqu’on a mal au pouce qu’on réalise l’utilité de celui-ci, c’est lorsqu’on a le nez bouché qu’on apprécie la richesse de pouvoir bien sentir toutes les douces odeurs qui nous entourent.
C’est lorsque le décor qui nous entoure se mets à changer qu’on apprécie le spectacle continuellement en reprise qu’on visualisait depuis notre naissance.
Les gens ne sont pas supposés avoir des genres de cordons qui leur sortent du nombril et qui semble tracer un chemin devant eux, un chemin que les gens suivent inconsciemment.
C’est ce que je vois depuis ce matin, partout où je vais.
Depuis près d’une heure, partout, je vois des milliers de cordons de toutes les couleurs qui se croisent, s’entremêlent, se contournent, partout où je regarde je vois apparaître ces espèces de…des espèces de cordons ombilicaux qui sortent des nombrils des gens et qui se promènent devant eux, qui s’efface lorsqu’ils avancent et qui se prolongent pour tracer le chemin que les gens suivent.
Et on dirait que je suis le seul qui voit ces choses.
Ça apparaît, ça disparaît…
Tout mon monde change, et c’est moi que tout le monde regarde avec un air hébété, comme si c’était moi l’anomalie. D’une façon l’anomalie est effectivement moi, car je suis le seul qui soit resté normal, qui n’a pas cette espèce de machin.
Imaginez un party d’Halloween ou tout le monde est déguisé et où vous arrivez sans déguisement. C’est comme ça que je me sens.
Ces espèces de cordons partout…. Certains se croisent, s’emmêlent, d’autres gigotent en tout sens, d’autres sont droits…
Je suis inquiet.
J’aimerais croire qu’on m’a drogué. Que j’avais gobbé des yogourts périmés qui me font halluciner… mais non !! Mon esprit est clair, mes mouvements sont clairs, mon réel à moi est clair. C’est tout le reste qui est déréglé et je n’ai aucune idée comment réinitialiser la machine….
Heureusement que ça c’est calmé et ça s’est arrêté…
Mais si seulement c’était tout.
Je risque de perdre toute crédibilité avec cette prochaine affirmation, mais je dois le faire quand même. J’ai l’impression d’être suivi. Je veux écrire tout ceci le plus rapidement possible car j’ai peur. S’il devait m’arriver quelque chose, j’aurais au moins laissé des traces.
Je suis présentement à la bibliothèque de mon école, je me suis caché après m’être enfui. Je me suis enfui de la cour d’école où je tentais de passer inaperçu malgré mes hallucinations. Parmi tout le décor qui m’entourait, il m’a semblé remarquer 2 individus au loin qui me regardaient. Je les avais vus car j’ai remarqué que j’avais traversé leur cordon, je voulais voir qui était à la source. Ils étaient bizarres. Ils rigolaient dans un coin avec des pots en verre vides qu’ils ouvraient quand les gens passaient près d’eux, pour les refermer et les ranger délicatement dans un gros sac.
En portant trop attention à ces gens, j’ai compris qu’ils ne voulaient pas être vu de moi. Qu’ils avaient même fait un très gros effort de ne pas être vu et que ma réaction les avaient contrariés. Ils avaient été découverts et plutôt que de prendre la fuite, ils visaient la confrontation. Leurs regards m’a vite fait comprendre que leur intention n’était pas d’aller prendre un thé au café du coin mais plutôt de m’amener faire un tour de valise de voiture.
Ces gens ne venaient pas de l’école. Ils ne ressemblaient à aucun des enseignants que j’avais croisé depuis mon arrivée à l’école et il y avait quelque chose de louche dans leur apparence, trop bien habillés peut-être…
J’ai donc fui.
J’avais l’avantage du terrain. La plus grande source de stress de tout élève entrant dans une école secondaire est l’horrible dédale caché à l’intérieur de ses murs. Des corridors et des portes qui s’enlignent sans fin et qui suivent une logique qui prend des semaines, voir des mois à comprendre. Un étranger de l’extérieur n’a aucune chance.
Quelques minutes plus tard, j’étais au confins de la bibliothèque, à un ordi, en train d’écrire ces lignes.
J’ai peur. Je ne sais plus trop où aller. Je n’arrive pas à communiquer avec mon grand-père.
Si je me sors de ce pétrin, je promets que je vais terminer de vider mes boîtes…